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« Agriculteur 40 ans, retraité à 60 ans : le montant choquant qu’il touche »

Élodie M.

Ecrit le :

Après quarante ans passés à cultiver les champs, soigner les animaux et affronter les aléas du climat, un agriculteur qui part à la retraite espère une récompense méritée. Pourtant, le montant qu’il reçoit à la fin de sa carrière soulève souvent la même réaction : l’étonnement, voire l’indignation. Qu’en est-il vraiment de la retraite d’un exploitant agricole en France ?

Un régime à part pour une profession pas comme les autres

Contrairement à la majorité des travailleurs français, les agriculteurs ne dépendent pas du régime général de la Sécurité sociale. Ils sont affiliés à un système spécifique : la Mutualité Sociale Agricole (MSA). Elle prend en charge leurs droits à la retraite, de l’enregistrement des trimestres jusqu’au versement de la pension.

En 2024, près de 3,4 millions de retraités agricoles relèvent de ce régime, répartis en deux grands groupes :

  • Les anciens salariés agricoles, qui représentent environ deux tiers des bénéficiaires
  • Les anciens chefs d’exploitation, soit le tiers restant

Et c’est bien cette deuxième catégorie – les chefs d’exploitation – qui est la plus touchée par des pensions faibles. Pourquoi ? Parce que leurs cotisations, souvent basées sur de revenus déclarés très modestes, ne leur donnent droit qu’à de petites sommes une fois à la retraite.

Une pension minimale… mais sous conditions

Heureusement, des efforts ont été faits ces dernières années. Une loi du 3 juillet 2020, entrée en vigueur en novembre 2021, a permis une revalorisation du montant minimal pour certains exploitants agricoles. Ce plancher est passé à 1 200,26 euros bruts par mois, soit 85 % du SMIC net agricole.

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Mais tout le monde ne peut pas en bénéficier. Il faut remplir plusieurs conditions strictes :

  • Avoir exercé comme chef d’exploitation à titre exclusif ou principal
  • Justifier d’une carrière complète selon les normes de sa génération
  • Totaliser au moins 17,5 années en tant que chef d’exploitation
  • Avoir liquidé l’ensemble de ses droits (base + complémentaire)

Ces critères garantissent une certaine équité, mais aussi excluent de nombreux retraités dont les parcours professionnels ont été discontinus ou précaires. Pour eux, la pension reste parfois si basse qu’elle ne permet pas de vivre décemment.

Le grand changement prévu en 2026

Un tournant important s’annonce. Une loi du 13 février 2023 prévoit un changement du mode de calcul des pensions agricoles à partir de 2026. Actuellement, on prend en compte l’ensemble de la carrière, soit 40 années, ce qui comprend aussi les années de très faibles revenus.

Dès 2026, le calcul se fera uniquement sur les 25 meilleures années de revenus. Une véritable révolution, surtout pour ceux qui ont connu des périodes de crise ou des années agricoles catastrophiques.

Mode de calcul Période considérée Impact attendu
Actuel 40 ans Montants faibles à cause des années maigres
Nouveau (2026) 25 meilleures années Augmentation significative du montant

Ce changement vise à offrir une meilleure reconnaissance de l’effort fourni par les agriculteurs. Il laisse espérer une retraite un peu plus juste et mieux adaptée à la réalité du métier.

Un départ anticipé possible pour ceux qui ont commencé tôt

Beaucoup d’agriculteurs débutent leur activité dès l’adolescence. La réforme de 2022 a ainsi élargi les dispositifs de départ en cas de carrière longue :

  • Début avant 16 ans : départ possible à 58 ans
  • Entre 18 et 20 ans : départ à 60 ans
  • Entre 20 et 21 ans : possible à 63 ans
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Ces ajustements tiennent compte des réalités du monde agricole, où commencer tôt n’a rien d’exceptionnel. Ils permettent aussi de soulager ceux qui ont travaillé pendant 40 ans ou plus – parfois sans interruption – dans des conditions souvent difficiles.

Un montant encore jugé choquant

Malgré ces évolutions, le montant perçu par un agriculteur à la retraite reste très souvent inférieur à celui touché par d’autres professions. De nombreux exploitants doivent compléter leur pension par une activité ou une aide. Certains peinent à dépasser les à peine 800 à 1000 euros nets par mois sans les revalorisations spécifiques.

Une réalité d’autant plus marquante quand on pense à l’importance de leur rôle. Nourrir la population, protéger les terroirs, faire face aux sécheresses, aux inondations, aux prix qui chutent… Après quarante ans, il serait temps que la société leur rende un peu mieux la pareille.

Des avancées sont là, c’est vrai. Mais pour beaucoup d’agriculteurs, la retraite reste encore synonyme d’inquiétude plutôt que de repos bien mérité.

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